Conférence des évêques de France

Vincent Lambert :

déclaration de Mgr de Moulins-Beaufort et de Mgr Feillet

Publié le 13 mai 2019

https://eglise.catholique.fr/actualites/480891-vincent-lambert-mgr-de-moulins-beaufort-publie-communique/

Le médecin du CHU de Reims a annoncé à la famille Lambert l’arrêt des soins la semaine du 20 mai 2019. Le Conseil d’Etat avait validé fin avril la décision médicale d’interrompre les traitements de M. Vincent Lambert, en état pauci-relationnel depuis dix ans. Monseigneur Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et Monseigneur Bruno Feillet, évêque auxiliaire de Reims, ont réagit à cette annonce.

Il y a quelques semaines, déjà, le Conseil d’État a validé juridiquement la décision prise par l’équipe du secteur des soins palliatifs du CHU de Reims quant à M. Vincent Lambert. Cette équipe est donc confirmée dans sa responsabilité d’interrompre l’alimentation et l’hydratation de M. Lambert selon ce qu’elle jugera convenable. Le Dr Sanchez a annoncé à la famille son intention d’appliquer sa décision dans la semaine du 20 mai. La mort de M. Lambert est donc scellée, quoi qu’il en soit des recours tentés par ses parents.

Beaucoup s’inquiètent de la conclusion ainsi donnée à ce qui a été « l’affaire Lambert ».

Comme archevêque de Reims et comme évêque auxiliaire de Reims, avant tout nous prions pour M. Vincent Lambert, pour son épouse, pour sa fille, pour ses parents, ses frères et sœurs et pour tous ses amis. Nous prions aussi pour les médecins, le personnel infirmier et soignant du CHU de Reims qui, depuis des années, se sont occupés de lui. Nous prions également pour ceux qui ont eu et qui ont encore à décider de son sort. Nous remercions les membres de l’aumônerie qui lui ont rendu visite régulièrement tant que cela a été possible.

La situation médicale et humaine de M. Vincent Lambert est singulièrement complexe. Déterminer la prise en charge adaptée dans son cas n’est pas simple. Tout jugement à son propos est délicat. Ce qui a été vécu autour de M. Lambert est unique et ne devrait pas être transposé à d’autres cas. Face à de telles situations, aucune décision humaine ne peut être assurée d’être parfaite, ni même d’être la meilleure. Une société doit savoir faire confiance au corps médical et respecter la décision collégiale des médecins engageant leur responsabilité professionnelle et humaine ; les médecins, de leur côté, doivent accepter de prendre en compte les avis des proches et de nourrir leurs décisions d’une réflexion éthique sur la responsabilité des êtres humains les uns à l’égard des autres.

Les spécialistes semblaient s’accorder cependant sur le fait que M. Vincent Lambert, si dépendant soit-il depuis son accident, n’est pas en fin de vie.  Tout en saluant l’engagement des équipes du CHU de Reims, on peut s’étonner que M. Lambert n’ait pas été transféré dans une unité spécialisée dans l’accompagnement des patients en état végétatif ou pauci-relationnel.

Il appartient à la condition de l’homme et à sa grandeur d’avoir à mourir un jour. Il est bon de s’en souvenir en un temps où certains réclament le droit de mourir quand et comment ils le choisissent tandis que des prophètes du transhumanisme annoncent la fin de la mort.

Mais c’est l’honneur d’une société humaine que de ne pas laisser un de ses membres mourir de faim ou de soif et même de tout faire pour maintenir jusqu’au bout la prise en charge adaptée. Se permettre d’y renoncer parce qu’une telle prise en charge a un coût et parce qu’on jugerait inutile de laisser vivre la personne humaine concernée serait ruiner l’effort de notre civilisation. La grandeur de l’humanité consiste à considérer comme inaliénable et inviolable la dignité de ses membres, surtout des plus fragiles.

Nos sociétés bien équipées se sont organisées pour que les personnes en situation « végétative » ou pauci-relationnelle soient accompagnées jusqu’au bout par des structures hospitalières avec des personnels compétents. Leurs familles et leurs amis ont aussi vocation à accompagner l’un de leurs en une telle situation. La confiance mutuelle entre ces personnes diverses est le fondement nécessaire d’un bon accompagnement. Beaucoup font l’expérience que cet accompagnement, tout en étant éprouvant, contribue à les rendre plus humains. Le devoir de la société est de les aider.

Nous prions encore et nous invitons à prier pour que notre société française ne s’engage pas sur la voie de l’euthanasie. Nous rendons grâce à Dieu pour ceux et celles qui sont quotidiennement les témoins de la grandeur de tout être humain menant sa vie jusqu’à son terme.

 

                                                  + Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims

                                                                     + Bruno Feillet, évêque auxiliaire de Reims

Réaction de Mgr Dominique REY sur Twitter :

Vincent Lambert : il y a une manipulation de cette dramatique affaire pour faire avancer un droit à l'euthanasie. — Mgr Dominique Rey (@MgrDominiqueRey) 16 mai 2019

Vincent Lambert n’est ni malade, ni en fin de vie. Plutôt que de cesser brutalement de le nourrir et de l'hydrater, pourquoi ne pas permettre son transfert en maison spécialisée ? — Mgr Dominique Rey (@MgrDominiqueRey) 16 mai 2019

Réaction de Mgr Marc AILLET sur Twitter :

« Nul n’a le droit de provoquer la mort d’autrui, ni pouvoir médical ni pouvoir judiciaire. La peine de mort a été abolie. Faudra-t-il demander à M Emmanuel Macron la grâce présidentielle pour Vincent Lambert ? » 11 mai 2019

Vincent Lambert et nous...

Article sur le site du diocèse de Bayonne

https://diocese64.org/actualites/item/1705-vincent-lambert-pour-tenter-d-y-voir-plus-clair

 

Le rappel des faits. Victime, en 2008, d'un grave accident, Vincent Lambert, aujourd'hui âgé de 42 ans, est depuis lors hospitalisé au CHU de Reims, lourdement handicapé et dans un état dit "pauci-relationnel" (état de conscience minimal).

La "complexité" de cette "affaire" sur laquelle insistent habituellement la presse et les medias nationaux, tient au fait que sa famille, fortement divisée, se déchire depuis des années quant au fait de savoir s'il vaut mieux le laisser vivre ou mourir.

Elle provient également de la difficulté d'évaluer objectivement le niveau de conscience dans lequel celui-ci se trouve, ainsi que l'explique fort bien le professeur Xavier Ducrocq, chef du service de neurologie du CHR Metz-Thionville, "la principale difficulté réside dans l'évaluation de son niveau de conscience. Ses réactions et mouvements sont-ils purement réflexes, volontaires, conscients ? Comme pour tous ces patients en état chronique de conscience altérée, il est pratiquement impossible de le savoir" (in L'Homme Nouveau du 11 mai 2019).

Vincent Lambert est certes tétraplégique et dans l'incapacité de s'alimenter normalement et nourri par sonde, mais il n'est nullement dans le coma et respire naturellement (aucune assistance respiratoire). Ses organes vitaux fonctionnent normalement. Il ne semble pas souffrir physiquement. Il n'est nullement en réanimation, et encore moins en "fin de vie".

Quand bien même se trouverait-il dans un "état végétatif", "l'humanité ne s'absente jamais de l'être humain que nous devons soigner", ainsi que le rappelle opportunément le Père Bruno Saintôt, sj, responsable du département éthique biomédicale du Centre Sèvres (1).

Rappelons par ailleurs qu'en novembre dernier, le rapport d'expertise médicale commandité par le Tribunal Administratif de Châlons-en-Champagne avait conclu que la prise en charge de Vincent Lambert (c'est-à-dire l'alimentation et l'hydratation artificielles dont il bénéficie) "ne relève pas de l'acharnement thérapeutique ou d'une obstination déraisonnable" .

Dans ces conditions, on ne peut que s'étonner de la détermination avec laquelle le CHU de Reims a constamment refusé d'autoriser ou d'envisager le transfert de Vincent Lambert dans une unité spécialisée dans le soin des patients "cérébolésés" telle qu'il en existe plusieurs en France, qui semblent disposées à l'accueillir...

Plus encore, on ne peut qu'être scandalisé de la décision du CHU, annoncée le 9 avril 2018, d'interrompre l'alimentation et l'hydratation de Vincent Lambert. Une décision prise au terme d'une "procédure collégiale", sur le fondement de la "Loi Leonetti", mais qui condamne Vincent Lambert à mourrir de faim et de soif...

C'est en vain que les parents de Vincent Lambert et leurs avocats ont tenté de s'opposer, par divers recours judiciaires, à cette décision, le Conseil d'Etat s'étant prononcé, à plusieurs reprises pour l'interruption des soins de Vincent Lambert, en particulier par un arrêt du 24 avril dernier, malheureusement validé, le 30 avril, par la Cour Européenne des Droits de l'Homme.

Le 3 mai 2019, le Comité des Droits des Personnes Handicapées de l'ONU, saisi par les parents de Vincent Lambert et leurs avocats, a demandé au gouvernement français de suspendre la décision d'interrompre l'alimentation et l'hydratation de Vincent Lambert en attendant de se prononcer sur le fond de cette affaire. La France ayant ratifié la "Convention relative aux droits des personnes handicapées" des Nations-Unies (dont l'article 25 énonce que les Etats doivent empêcher "tout refus discriminatoire de fournir des soins ou services médicaux ou des aliments ou des liquides en raison d'un handicap"...), le gouvernement est normalement tenu de suivre cette requête. Or, Agnès Buzyn, Ministre de la Santé, s'est empressée de contester la compétence du CDPH ("comité qui s'occupe des personnes handicapées, et non des personnes en état végétatif comme Vincent Lambert"...) avant d'ajouter que la France n'était nullement tenue de respecter légalement cette demande !

Dés lors, il ne restait plus au Dr Sanchez qu'à informer, le 10 mai dernier, la famille de Vincent Lambert, que la décision d'interrompre les "traitements" dont celui-ci bénéficiait jusqu'à présent, serait mise à exécution dans la semaine du 20 mai... d'autant que le "Défenseur des Droits" Jacques Toubon, saisi par les avocats des parents de Vincent Lambert, vient d'annoncer, le 17 mai, qu'il ne lui appartenait nullement de trancher...


 

Un enjeu capital

 

Les nombreuses réactions que cette décision a suscitées, et la lecture des extraits que nous avons sélectionnés ici, permettent d'en mesurer les enjeux, la portée et la gravité. 

-De Emmanuel Hirsch, professeur d'éthique médicale à L'Université Paris-Sud - Paris-Saclay: "Les personnes en situation de handicap neurologique, dont nombre d’études précisent cependant les spécificités et les vulnérabilités liées à leur état de dépendance et aux difficultés d’instruire leur expertise médicale, sont assimilées à des personnes malades ou à des personnes en fin de vie dont on peut ne «pas prolonger inutilement» l’existence. [...] Pour ce qui concerne M. Vincent Lambert, l'euthanasie ne sera pas "déguisée". [...] elle cautionne le dernier acte précédant la légalisation en France d'une euthanasie ainsi consentie" (Lefigaro.fr 3 mai 2019).

-Du Père Bruno Saintôt, responsable du département éthique biomédicale du Centre Sèvres

-De Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme Lejeune: "Condamner à mort Vincent Lambert, c'est signifier aux personnes handicapées que leur vie n'a aucune valeur aux yeux de la société. Nous ne pouvons accepter une société qui élimine au lieu de soigner" (tweet du 10 mai 2019).

-De Marie De Hennezel (pionnière des soins palliatifs): "Agnès Buzin a-t-elle conscience du message envoyé aux 1500 personnes en état pauci-relationnel de l'hôpital de Berck ? En affirmant que la France n'est pas tenue de suivre l'avis de l'ONU sur l'Affaire Vincent Lambert, elle signe l'arrêt de mort des personnes en profond handicap" (tweet du 11 mai 2019).

-De Mgr Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims (et futur président de la Conférence des Evêques de France) et de Mgr Bruno Feillet, évêque auxiliaire de Reims.

-Des Associations Familiales Catholiques: "Cette ”affaire Vincent Lambert” ne peut pas ne pas nous interroger à l’heure où nous révisons nos lois de bioéthique. Voulons-nous une société régie par la ” culture du déchet, qui consiste à trier les êtres humains en fonction de leur utilité à la société de consommation “, selon l’expression du Pape François, ou une société qui prend soin des plus fragiles de ses membres ? Pouvons-nous continuer de soutenir, avec la loi Claeys-Leonetti, que ” la nutrition et l’hydratation artificielles ” sont des soins qu’il serait possible de suspendre ? [...] Les Associations Familiales Catholiques s'alarment de ce droit à mettre fin, légalement, à la vie d'un homme diminué. [...] les décisions qui seront prises dans les prochains jours sont d’une extrême gravité : Il en va de la vie d’une personne humaine. Il en va d’une certaine idée de l’homme, de sa dignité intrinsèque et inconditionnelle. Il en va d’une certaine idée de la société qui doit, toujours, se porter au chevet des plus vulnérables. Il en va d’une certaine idée de la médecine qui doit protéger et prendre soin. Il en va d’une certaine idée de l’engagement qui impose à la France de respecter les conventions internationales qu’elle a ratifiées." (Communiqué du 15 mai 2019).

-Du Pasteur Jean Pira, de l'ACPERVie: "Les Chrétiens Protestants et Évangéliques pour le Respect de la Vie tiennent à attirer l’attention sur le déni de justice et de sagesse qui est à l’œuvre ces jours-ci, à l’encontre Monsieur Vincent Lambert, cet homme qui n’est pas en fin de vie mais qui dépend entièrement de l’environnement soignant, comme des milliers d’autres patients français. La décision annoncée du docteur Sanchez, de procéder à l’arrêt de l’alimentation et hydratation de ce patient, intervient au mépris de la décision d’examen prise au niveau des Nations Unies par le CIDPH. Elle témoigne d’une volonté idéologique d’imposer l’euthanasie des personnes grandement handicapées, que de tierces personnes estiment indignes de vivre." (Communiqué du 15 mai 2019).

-De Mgr Bernard Ginoux, évêque de Montauban: "Vincent Lambert est vivant. Il a besoin de nutrition et d'hydratation avec beaucoup d'amour. Lui refuser ces trois besoins est un meurtre." (tweet du 15 mai 2019).

-De Mgr Raymond Centène, évêque de Vannes: "Handicapé, Vincent Lambert pourrait mourir de faim et de soif sous prétexte d'arrêter un acharnement thérapeutique: se nourrir et s'hydrater ne sont-ils pas un soin normal dont nous avons tous besoin ? Notre frère Vincent est aujourd'hui le visage de tous ceux qui, comme lui, en France et dans le monde, sont en situation dite "végétative" ou pauci-relationnelle. Il y aurait en France 1500 personnes dans son cas, ne permettons pas qu'il soit le premier d'entre eux à se voir ainsi interdire de vivre. Toute vie est sacrée aux yeux de Dieu et nous en sommes les serviteurs". (Message du 16 mai 2018).

 -De Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon

-De Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne

-D'une centaine de juristes français: "Chaque Français doit, en conscience, défendre la vie de Vincent Lambert car, en Vincent, c’est notre humanité qui est souffrante et qui nous ressemble. C’est parce que la vie est diminuée qu’il faut d’autant plus la respecter. Que chacun d’entre nous adresse cette demande aux autorités publiques et aux médecins : respectez la vie de Vincent Lambert et confiez-le à ceux qui veulent lui conserver sa dignité d’homme." (Adresse à la conscience des Français du 17 mai 2019)...

 

 

Situation de Vincent LAMBERT

Déclaration du groupe bioéthique de la Conférence des Evêques de France

Une ambition : la protection des plus fragiles

18 mai 2019

https://eglise.catholique.fr/espace-presse/communiques-de-presse/481089-ambition-protection-plus-fragiles/

 

Monsieur Vincent Lambert, dans son immense fragilité, nous convoque tous au respect de l’éthique et de l’État de droit. Prenons le temps de la réflexion.

  1. Commençons par l’État de droit. M. Vincent Lambert a le droit à une protection adéquate, comme toute personne handicapée. Chaque personne handicapée, aussi fragile soit-elle, a des droits égaux à toute autre personne. La France le sait puisqu’elle a ratifié la Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées. Le Comité  international des droits des personnes handicapées (CIDPH) de l’ONU a été saisi au sujet de M. Vincent Lambert, et a répondu que cette saisine était recevable. Le Comité a demandé que les soins prodigués à M. Vincent Lambert soient maintenus tant qu’il ne s’était pas prononcé sur le fond. Le Gouvernement a donné son avis au Comité en affirmant que ce maintien des soins n’était pas envisageable car il « priverait d’effectivité le droit du patient à ne pas subir d’obstination déraisonnable ». Après ce refus, le CIDPH vient de réitérer sa demande que l’alimentation et l’hydratation de Vincent Lambert « ne soient pas suspendues pendant le traitement de son dossier ».

Pourquoi ne pas attendre la réponse sur le fond de la part du Comité de l’ONU ? M. Vincent Lambert est un citoyen qui a le droit au respect des règles démocratiques dont le minimum est la cohérence avec les conventions signées. Pourquoi l’État français, qui met son honneur dans la promotion des droits de l’Homme, se dispenserait-il du respect de cette Convention pour M. Vincent Lambert ? Pourquoi cette précipitation pour le conduire vers la mort ? On peut répéter que la décision prise ne concerne bien sûr que M. Vincent Lambert car sa situation est unique et complexe. Mais qui garantira que toutes les personnes partageant un handicap analogue au sien seront effectivement protégées par l’État qui, tout en s’y engageant officiellement, bafouerait aujourd’hui son engagement ? La crédibilité de l’État passe par le respect de sa parole donnée. Il paraît donc sage et nécessaire d’attendre la réponse sur le fond du Comité de l’ONU.

  1. Venons-en à l’éthique. La protection des personnes les plus fragiles demeurera toujours le signe et la mesure de l’humanité d’une société. Cette protection demande un accompagnement le plus ajusté possible et des soins les plus appropriés à chaque situation de fragilité. Cette protection nécessite une solidarité active de toute une société et une ambition internationale. Par la loi, notre société a confié aux médecins la mission de prendre soin de la santé physique et psychique de chaque personne fragile. Notre loi française leur donne un cadre pour que ce soin soit donné le mieux possible en évitant toute obstination déraisonnable. Pour les médecins s’occupant de M. Vincent Lambert, l’État français a jugé qu’ils n’avaient pas enfreint la loi. Pour autant, l’État ne s’est pas prononcé sur la décision éthique elle-même : arrêter l’hydratation et l’alimentation par voie entérale, et mettre en œuvre une sédation continue et profonde jusqu’au décès. Car heureusement, ni l’État ni les juges n’ont le pouvoir de se prononcer sur de telles décisions !

Reste donc la question éthique proprement dite. On peut supposer que les médecins, entourés du personnel soignant et de la famille, y ont mûrement réfléchi et qu’ils ont pris leur décision selon la loi éthique du respect de la vie et de la sollicitude envers la personne fragilisée comme l’est M. Vincent Lambert, et dont témoigne l’article 16 du Code civil. Cependant, puisque cette décision a un retentissement qui dépasse largement l’espace limité d’un bureau et d’une chambre d’hôpital, il serait juste et bon que nous comprenions tous la décision des médecins et que nous continuions ainsi à les soutenir dans leur délicate et indispensable mission. En effet, des interrogations restent en suspens : Pourquoi M. Vincent Lambert n’a-t-il pas été transféré dans une unité de soins spécialisée et adaptée à son état ? Exprime-t-il une souffrance récurrente et impossible à apaiser ? N’a-t-il pas le droit d’être nourri et hydraté par voie entérale puisque ce sont des soins de base auxquels tout être humain a droit ? À quels cas exceptionnels son hydratation et son alimentation actuelles correspondent-elles à une obstination déraisonnable ? De plus, comment connaissons-nous avec suffisamment de certitude la volonté de M. Vincent Lambert dans un contexte familial où s’exprime un désaccord profond ?

Du point de vue éthique, il serait bon que la conscience des citoyens ne soit pas troublée ni par la décision inexpliquée qui laisse penser que M. Vincent Lambert a été conduit vers la mort, ni par le non-respect de la parole que l’État a donnée en signant la Convention internationale. Le Défenseur des droits a jugé que l’État pouvait déroger à la demande du Comité de l’ONU en « justifiant de circonstances exceptionnelles » et « qu’il ne lui appartient pas de résoudre cet éventuel conflit de normes » entre la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) et le Comité international des droits des personnes handicapées (CIDPH). Pourtant, n’y a-t-il pas urgence à trouver la juste voie éthique ? Cela permettrait de résoudre ce conflit de droit international sur une question essentielle de notre vie ensemble afin d’apaiser nos sociétés déjà trop clivées.

De toute évidence, la décision prise concernant M. Vincent Lambert a un enjeu beaucoup large que la résolution d’un simple dilemme médical. Respecter les droits des personnes les plus fragilisées et les plus faibles, nos frères et sœurs en humanité, en les accompagnant et en les soignant chacune selon sa situation demandera toujours du courage. Les interrogations existentielles et douloureuses que soulèvent de telles situations sont en effet lourdes à porter. Ce courage est vécu au quotidien par nombre de familles envers leurs proches et par le personnel soignant vis-à-vis des patients, aussi bien dans l’accompagnement que dans les prises de décision. Ensemble, soutenons ce courage vécu dans la discrétion, et osons affronter ces lourdes interrogations qui nous provoquent à toujours plus d’humanité. Ensemble, nous sommes capables de plus de sollicitude que nous l’avions imaginé dans nos précipitations et nos envies d’évacuer ces graves interrogations.

Pensant à la souffrance vécue par les uns et les autres autour de M. Vincent Lambert, nous prions pour tous ceux qui sont concernés directement par sa situation et pour Vincent Lambert lui-même.

 

Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, responsable du Groupe bioéthique de la Conférence des évêques de France
Mgr Pierre-Antoine Bozo, évêque de Limoges
Mgr Olivier de Germay, évêque d’Ajaccio
Mgr Hervé Gosselin, évêque d’Angoulême
Mgr Vincent Jordy, évêque de Saint-Claude
Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre
Père Brice de Malherbe, Collège des Bernardins à Paris
Père Bruno Saintôt, Centre Sèvres à Paris

Le pape François à propos de Vincent Lambert :

“Ne cédons pas à la culture du déchet”

Dans un tweet publié aujourd’hui (20 mai 2019),

le pape François fait clairement allusion à la situation de Vincent Lambert :

Pape François @Pontifex_fr

« Prions pour ceux qui vivent dans un état de grave handicap. Protégeons toujours la vie, don de Dieu, du début à la fin naturelle. Ne cédons pas à la culture du déchet ». 20 mars 2019

Le directeur de la salle de presse du Saint-Siège, Alessandro Gisotti, a été plus explicite en retweetant le message du pape avec la mention en français : « Prions pour Vincent Lambert ».

Alessandro Gisotti@AGisotti>

Le Saint-Siège réagit sur la situation de Vincent Lambert

Le Vatican 21 mai 2019

https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2019-05/saint-siege-situation-vincent-lambert.html

Un communiqué conjoint du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie et de l’Académie pour la Vie revient sur la situation de Vincent Lambert, dont la justice française a finalement ordonné lundi soir la reprise des soins, de l’alimentation et de l’hydratation.

Le Saint-Siège a manifesté une nouvelle fois sa position en faveur de la protection de la vie de ce patient hospitalisé à Reims, et dont le médecin avait décidé de clore l’alimentation et l’hydratation, avant que, hier soir, la Cour d’Appel de Paris ne demande leur reprise, dans l’attente d’un avis du Comité de l’Onu pour la protection des personnes handicapées.

Dans un communiqué conjoint signé par Mgr Vincenzo Paglia, président de l’Académie pontificale pour la Vie, et par le cardinal Kevin Farrell, préfet du Dicastère pour les Laïcs, la Famille et la Vie, le Saint-Siège s’associe au texte publié il y a quelques jours par l’archevêque de Reims, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, et son évêque auxiliaire, Mgr Bruno Feillet, et rappelle que l’interruption de l’alimentation et de l’hydratation d’un patient à l’état végétatif représente «une grave violation de la dignité de la personne». Les droits fondamentaux des malades à la vie et au soin, en tant que «continuité de l’assistance humaine de base», doivent toujours être respectés.

La cour d'appel de Paris ordonne la reprise des soins de Vincent Lambert

«L’alimentation et l’hydratation constituent une forme de soin essentiel toujours proportionné au maintien en vie : alimenter un malade ne constitue jamais une forme d’obstination thérapeutique déraisonnable, tant que l’organisme de la personne est en capacité d’absorber nutrition et hydratation, à moins que cela ne provoque des souffrances intolérables ou ne se révèle nuisible pour le patient», expliquent les deux prélats.

La suspension de ces soins, comme cela avait été amorcé lundi par l’équipe médicale de l’hôpital de Reims, représente plutôt «une forme d’abandon du malade», alors que la continuité de l’assistance, notamment pour les personnes les plus fragiles et sans défense, devrait être «un devoir incontournable». Mgr Paglia et le cardinal Farrell assurent donc de «la prière du Saint-Père et de toute l’Église» pour que soient trouvées au plus vite «des solutions efficaces pour protéger la vie» de Vincent Lambert.

Dans un communiqué publié lundi, la Communauté Jean-XXIII s’était dite prête à accueillir Vincent Lambert dans l’un de ses établissements.