Donne-nous la Sagesse !

Michel Ange chapelle sixtineSur la voûte de la chapelle Sixtine, Michel-Ange, aux côtés de Dieu le Père, a représenté une belle jeune fille à l’abri de son bras, au moment même de la création de l’homme. Deux interprétations tentent de l’identifier : soit la figure d’Eve qui préexiste dans la pensée de Dieu à sa propre apparition et regarde un peu inquiète celui que le Créateur va lui donner comme un autre semblable, soit la Sagesse que personnifie le Livre des Proverbes (VIII 22- 30) en mettant sur ses lèvres ce beau chant : 

« Le Seigneur m’a faite pour lui, principe de son action, première de ses œuvres, depuis toujours. Avant les siècles j’ai été formée, dès le commencement, avant l’apparition de la terre. Quand les abîmes n’existaient pas encore, je fus enfantée, quand n’étaient pas les sources jaillissantes. Avant que les montagnes ne soient fixées, avant les collines, je fus enfantée, avant que le Seigneur n’ait fait la terre et l’espace, les éléments primitifs du monde. Quand il établissait les cieux, j’étais là, quand il traçait l’horizon à la surface de l’abîme, qu’il amassait les nuages dans les hauteurs et maîtrisait les sources de l’abîme, quand il imposait à la mer ses limites, si bien que les eaux ne peuvent enfreindre son ordre, quand il établissait les fondements de la terre. Et moi, je grandissais à ses côtés. Je faisais ses délices jour après jour, jouant devant lui à tout moment. » Dans cette étonnante personnification, les chrétiens ont reconnu l’Esprit Saint qui présida à la Création avec le Verbe éternel par qui tout à été fait : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. La terre était informe et vide, les ténèbres étaient au-dessus de l’abîme et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux. Dieu dit : … » (Gen I 1-3). La sagesse apparaît aussi comme le couronnement des sept dons de l’Esprit Saint tels qu’ils apparaissent en Isaïe (XI 1-10) : la crainte de Dieu, qui permet le juste positionnement face à lui, qu’humanise la piété, c’est-à-dire l’amour filial à son égard ; la force, pour dominer et vaincre car le chrétien est un combattant (tout sauf un éternel vaincu !), assorti du conseil, pour donner lumière et finalité à la force qui sans lui ne serait que puissance vaine ou dangereuse ; la science, pour savoir et connaître, à laquelle l’intelligence, offre un regard intérieur (intra-legere) qui lui permet d’atteindre le mystère et de l’appliquer à sa propre vie. La sagesse enfin donne du goût à la vie : c’est l’étymologie du mot latin sapere (avoir du goût ; avoir de l’intelligence, du jugement ; mais aussi répandre une odeur). Saint Paul écrit aux Corinthiens : «Grâces soient rendues à Dieu, qui nous fait toujours triompher dans le Christ, et qui répand par nous en tout lieu l'odeur de sa connaissance! Nous sommes, en effet, pour Dieu la bonne odeur de Christ, parmi ceux qui sont sauvés et parmi ceux qui périssent: aux uns, une odeur de mort, donnant la mort; aux autres, une odeur de vie, donnant la vie » (2Cor II 14-16). L’Esprit en qui Jésus est ressuscité des morts est appelé aujourd’hui à donner à notre monde dont la mort voudrait être maître la bonne odeur de vie. Viens Esprit-Saint, donne-nous la Sagesse !