Jeûner pour avoir faim de Dieu

Careme 2018La saisissante liturgie des Cendres qui s’enracine dans l’usage si souvent évoqué par l’Ancien Testament de se couvrir la tête de cendres en signe de pénitence, devrait nous alerter sur le sérieux de ce temps particulièrement intense. Le réduire à des pratiques extérieures donne souvent prise à l’ironie alors qu’on se laisse volontiers impressionner par le ramadan des musulmans, paradoxe parmi tant d’autres… N’en faire au contraire qu’une invitation à la conversion intérieure aboutit souvent à le réduire à néant : sous prétexte de faire mieux, on finit par ne plus rien faire…

 

Alors osons rappeler les règles de l’Église qui rythment cette période et en rappellent la gravité :

Le jeûne d’abord, qui consiste à ne prendre qu'un repas complet, pris à midi ou le soir. Pour les deux autres (petit-déjeuner ou dîner par exemple) on prend un minimum, étant sauves les prescriptions médicales. Il est prescrit le Mercredi des Cendres et le Vendredi saint et concerne les baptisés de 18 à 60 ans. Il s’agit là, bien sûr, du minimum : il est recommandé le Samedi saint et beaucoup de chrétiens l’étendent aux vendredis voire même à d’autres jours.

L’abstinence consiste à s'abstenir de viande, elle concerne les baptisés de 14 à 60 ans. Dire qu’elle ne fut à l’origine qu’une prescription de type purement alimentaire ne suffit pas pour se dispenser de ce signe.

La prière : déjà quotidienne pour un croyant, elle pourra s’intensifier en qualité et en quantité. Pourquoi ne pas en profiter pour retrouver le rythme de l’Angelus quand sonne la cloche trois fois par jour pour rappeler l’origine de notre salut ? Pourquoi ne pas prendre le temps de la « visite au Saint-Sacrement » en s’arrêtant quelques instants dans une église, ou celui du chapelet qui peut constituer une pause salutaire dans nos vies surchargées et en même temps faites de tant de solitude ?

Le partage : il est le témoignage concret de notre amour pour les frères qui sont dans le besoin matériel, humain ou spirituel.

Ainsi le jeûne mortifie notre volonté propre, le partage lui donne une finalité immédiate en l’orientant vers l’autre et la prière, son sens. Tous les autres types de sacrifices que peut faciliter le temps du carême (détachements des addictions au tabac, à l’alcool, à l'abus d'internet, du portable ou de la télévision ; correction de tel ou tel défaut) n’ont de sens que s’ils nous détachent effectivement de nous-mêmes pour ouvrir grand la porte à l’autre et au Tout-Autre. Dieu attend chacun de nous dans le silence et la pauvreté, quand l’homme cherche son bonheur dans le bruit et l’accumulation de fausses sécurités. Ne faisons pas non plus du carême un challenge d’héroïsme qui nous replierait orgueilleusement sur nous-mêmes. La contemplation de la Passion du Christ proposée chaque semaine reste le meilleur éclairage pour nous baliser ce chemin de grâce qui nous conduit à Pâques.